L'Union européenne ne respecte pas la souveraineté belge
Deux communautés linguistiques, chacune avec ses journaux | Crédits : Peter.Lorre/Flickr
Les médias belges n’apprécient pas que leurs collègues européens considèrent la présence des institutions européennes comme un obstacle à l’autonomie du pays. Explications.
« Les problèmes de notre pays doivent être résolus par le gouvernement belge, de manière provisoire ou définitive, mais ne peuvent pas être traités directement par la Commission européenne sans qu'il y ait auparavant une tentative de solution nationale. » Sophie Vanlommel, journaliste pour une édition locale à Anvers, explique ainsi le malaise que ressent la population belge au sujet du traitement de l'information par certains médias, qui confondent souveraineté belge et souveraineté « européenne ».
Les médias belges plus unis que la classe politique
Les journalistes des journaux flamands et wallons affirment que l'usage du français ou du néerlandais n'est pas un obstacle à la communication à l'intérieur du pays. Au contraire, les médias belges, même s'ils privilégient l'actualité de leur région, couvrent également celle du reste du pays. Un bel exemple de pluralité, que les politiques belges ne semblent pas prendre en considération.
La démission du Premier Ministre belge n'a fait que renforcer les inquiétudes face à la situation actuelle. Les journaux de ces deux dernières semaines montrent que la préoccupation au sujet de l'avenir du pays est en première place sur la liste des problèmes nationaux. Dans ce sens, lorsqu'on demande quel rôle joue la séparation franco-flamande, les deux parties sont d'accord pour dire qu'elles « se limitent à informer sans faire de propagande ».
En ce sens, les correspondants des médias internationaux affirment que lorsqu'il s'agit de Bruxelles, les médias francophones sont beaucoup plus sollicités que leurs confrères flamands. Face à cette situation, note Maria Ramirez, correspondante d’El Mundo, « la partie flamande se bat pour attirer la sympathie de l'opinion publique internationale et, ces derniers temps, nous invite dans des châteaux princiers pour se montrer aimable et disponible ».
Pour Sophie Vanlommel, la radicalisation du système éducatif des deux côtés est allée trop loin et nuit à la diversité culturelle du pays. C'est seulement à Bruxelles, sorte d'oasis au milieu du conflit, que les parents peuvent choisir, dans l'enseignement public, si leurs enfants étudieront les matières en français ou en néerlandais. Sophie est complètement bilingue, comme nombre de ses collègues, et insiste sur le fait que la camaraderie entre collègues de même profession est « exceptionnelle, et nous nous rangeons d'un côté ou de l'autre seulement pour des raisons techniques lorsque nous écrivons », ajoute-t-elle.
L'actualité belge marginalisée par l'actualité européenne
En ce qui concerne les informations exclusivement belges envoyées à leurs pays respectifs par les correspondants étrangers, celles-ci arrivent en second plan derrière celles que produit l'UE dans la capitale belge. Bien entendu, c'est un domaine que les journalistes doivent couvrir, mais les envoyés spéciaux à Bruxelles ont comme priorité l'Europe. Parmi eux, seul Rolf Fredriksson, correspondant de la télévision publique suédoise, assure qu'il consacre autant de temps à la Belgique qu'à l'Union européenne.
Ces temps-ci, la confusion entre Europe et Belgique qu'entretiennent de nombreux médias est une source de mécontentement pour la population belge. C'est peut-être parce que l'actualité européenne a souvent pour titre « Bruxelles », ou parce que l'Union fait de l'ombre à son pays hôte, que finalement seuls des scandales comme la démission d'un dirigeant politique rappellent à l'opinion publique que la Belgique a une existence propre.
Rejoignez la discussion | 4 commentaires
zabeth - 07/08/08
je suis assez d'accord avec l'article vive la Belgique; Je suis à Bruxelles depuis près de 4 mois et ai recueilli des avis sur la question de wallons comme de flamans ainsi que de Bruxellois. Je pense que les politiciens de chaque régions et communautés sont crispés sur leur position, ne parlant plus à leur pendant flamand ou wallon, bref ils vivent dans leur coin. Or la population belge ne peut être catégorisée en flamand, wallon, bruxellois, germanophone, etl'unité me paraitrait une bonne solution, une Belgique et pas 3 régions qui marchandent chaque km² de territoire où une majorité linguistique se dégage.
Le problème belge est de toute façon complexe, bien plus qu'on ne le suppose et que ne le relate les médias étrangers.
Comme le dit l'auteur de vive la belgique, la solution ne peut être trouvée que par les Belges eux mêmes.
None - 06/08/08
Cher Parrain,
En tant qu'auteur de l'article "que vive la Belgique" aux capacités intellectuelles assez limitées, permets moi de te répondre. Tu juges mon article partisan, en faveur des idées BUB. Il faudrait que tu le relises. Juste le chapeau.
Je ne prends absoluement pas parti pour une des solutions que j'évoque. L'objectif que ce papier est de montrer qu'il existe autre chose en Belgique que des indépendantistes flamands ou des rattachistes wallons. Que certains Belges, et même la majorité, ne veulent pas la disparition de leur pays : des réformateurs du fédéralisme (Philippe Van Parjis), de simples citoyens (Vincent Godefroid) et des unitaristes (BUB).
Après, oui, je donne la parole au BUB, parti qui prone la fin du fédéralisme, pour un retour à une certaine unité de la Belgique. Et pourquoi pas ? Ne sont-ils pas fréquentables ? Ne doit-on pas leur donner la parole ? Pour moi le manque d'objectivité, c'est quand on exclut par préjugés.
Et je ne vois pas en quoi cela offense Monsieur Philippe Van Parjis.
Quand à la capacité du fédéralisme à fonctionner, je n'en doute pas. En Allemagne, cela fonctionne très bien. Mais en Belgique, j'ai des doutes...une crise politique tous les quatres mois, c'est vrai que c'est une preuve de réussite....
Après, c'est aux Belges de trouver leur propre solution.
le Parrain - 02/08/08
Cet article est le meilleur du dossier.
Tout d'abord, la photo du dossier me laisse perplexe : la Belgique se déchire parfois, mais cette photo fait plutôt penser à un effeuillage digne des Chip en dalen. Et que fait l'extrémité sud du pays (la province du Luxembourg selon Google Maps) sous la ceinture de M. Chip ? Par pudeur, nous ne parlerons pas des Fagnes (merci Google Maps).
A propos de l'article sur la Tchécoslovaquie, je suis en fait tout à fait d'accord avec la photo : cet article n'a rien à voir avec la Belgique et n'a pas sa place dans le dossier.
Et enfin, l'auteur de l'article "que vive la Belgique" ne semble pas avoir les capacités intellectuelles pour apprendre le fédéralisme. Ce qu'il qualifie d'analyse ressemble pourtant à un article taillé sur mesure pour un parti politique revendiquant la fin du fédéralisme (qui, d'après mes cours d'histoire, a pourtant fait ses preuves dans de nombreux pays), un système présenté comme compliqué et intrinsèquement voué à l'échec.
Affirmer sans ambages que seul le retour à un Etat belge unitaire serait une solution, après avoir relayé pourtant d'autres points de vue comme celui de l'universitaire belge Philippe Van Parijs, c'est manquer de clarté, faire fi des nuances et se moquer de l'objectivité.
Merci à Clara d'avoir permis ce commentaire puisqu'il n'est pas possible de débattre des autres articles.
seseb - 01/08/08
Voilà un exemple type du problème de l'Europe aujourd'hui.
A part les "europhoriques" qui pense que l'Europe actuelle, ou celle à venir avec des traités comme celui de Lisbonne, est sur la bonne voie, je vois plutôt un grand marché où mise à part le troc et quelques simulacres de programmes d'échanges destinés aux élites, la majeure partie de la population européenne est mis au ban comme en témoigne le processus de ratification de ce fameux traité.
D'ailleurs merci l'Irlande, sans vous on y aurait eu droit...
Les gens ne se sentent pas encore européen, il y a encore trop de divergence et les pays cherchent trop à protéger leur intérêt pour se pencher efficacement sur une vraie Europe.
Personnellement je me sentirais européen quand déjà mon gouvernement arrêtera de s'enfoncer dans cette politique de sourd où au nom de la réforme on écrase le peuple qui se sent trahit.
Les réformes : oui, l'injustice : non, l'Europe : pas comme ça (souvenez-vous de Jean Monnet).
Quelque chose à dire ? Débattez de cet article.
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